Alphabet décroche en Bourse : la recherche Google ralentit, le cloud explose

Le paradoxe tient en une séance. Jeudi 29 octobre 2026, Alphabet, maison mère de Google, a connu sa pire journée en Bourse depuis son introduction en 2004, alors même que son chiffre d’affaires trimestriel progresse de 25 %. Les marchés n’ont pas regardé la croissance globale, mais deux lignes précises : le ralentissement de la recherche, son métier historique, et l’envolée des dépenses consacrées à l’intelligence artificielle.

Un trimestre en hausse, mais sous les attentes #

Selon le détail publié par ChannelNews, le titre a reculé de 12,6 % le 29 octobre, effaçant près de 500 milliards de dollars de capitalisation. Alphabet a pourtant affiché 127,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre 2026, en hausse de 25 %, mais légèrement en dessous des 128,2 milliards attendus par les analystes. Le bénéfice net, lui, recule de 25 % à 26,2 milliards de dollars.

La publication est tombée mercredi soir, en même temps que celle de Microsoft. BFM Bourse résume le contraste : Alphabet a livré des revenus inférieurs aux attentes et accéléré sa consommation de trésorerie, tandis que Microsoft a dépassé les prévisions dans le cloud.

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La recherche ralentit au moment où l’usage grimpe #

Le chiffre qui a le plus inquiété concerne Google Search. Ses revenus progressent de 12 %, à 63,35 milliards de dollars, contre 17 % au trimestre précédent et 19 % au premier trimestre. Et ce ralentissement intervient alors que Google affirme connaître sa plus forte croissance du nombre de recherches depuis cinq ans.

L’explication avancée tient à l’AI Mode, l’interface conversationnelle du moteur. En fournissant directement une réponse élaborée, elle dispense une partie des internautes de cliquer sur les liens sponsorisés. Philipp Schindler, directeur commercial de Google, a reconnu une monétisation moindre de ce mode lors de la présentation des résultats, tout en assurant que de nouveaux formats publicitaires étaient en cours de déploiement dans les interfaces d’IA, rapporte ChannelNews.

Ce que cela signifie pour les annonceurs

Pour les entreprises qui achètent de la visibilité sur Google, le message est double. D’un côté, le moteur reste massivement utilisé, et même davantage qu’avant. De l’autre, la façon dont l’audience est captée change : une réponse générée en haut de page laisse moins de place aux annonces classiques et aux résultats cliquables. Les formats publicitaires intégrés aux réponses de l’IA, annoncés mais pas encore généralisés, seront à surveiller de près dans les prochains mois, tout comme l’évolution du coût par clic sur les requêtes où l’AI Mode s’affiche.

C’est aussi un signal pour la visibilité naturelle : si l’internaute obtient sa réponse sans cliquer, être cité comme source dans les réponses de l’IA devient un enjeu au même titre que le classement dans les liens.

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Le cloud s’envole, la trésorerie plonge #

L’autre face des résultats est spectaculaire. Le chiffre d’affaires de Google Cloud a plus que doublé sur un an (+103 %), à 30,7 milliards de dollars, et son résultat opérationnel est passé de 3,6 à 11,1 milliards de dollars. La demande des entreprises pour les infrastructures d’IA et les ventes de processeurs TPU conçus par Google portent cette croissance. Le carnet de commandes de l’activité cloud atteint 561 milliards de dollars.

Mais ces infrastructures coûtent cher. Les investissements du trimestre ont atteint 51,4 milliards de dollars, ce qui a rendu le flux de trésorerie disponible négatif de 9,1 milliards de dollars, pour le deuxième trimestre consécutif. Alphabet prévoit désormais entre 195 et 205 milliards de dollars d’investissements sur l’ensemble de 2026, et annonce une nouvelle hausse significative en 2027.

Un marché qui juge désormais le retour sur investissement

Le contexte pèse. D’après BFM Bourse, Meta avait déjà inquiété la semaine précédente en relevant ses dépenses d’investissement 2026 à une fourchette de 135 à 145 milliards de dollars. Et Stephen Innes, de Spi AM, cité par le même média, observe que le « trade IA » semble soudain « moins à l’épreuve de toutes les tempêtes ». Autrement dit, les investisseurs ne se contentent plus de la croissance : ils veulent voir quand ces centaines de milliards se traduiront en bénéfices.

Pour les entreprises clientes, plutôt une bonne nouvelle #

Vu du côté des directions informatiques, la course des géants du cloud a un effet concret : une offre de calcul pour l’IA qui s’étoffe vite, et une concurrence vive entre Google Cloud, Microsoft Azure et Amazon Web Services. Le carnet de commandes record de Google montre que les entreprises signent des engagements longs. Avant de s’engager sur plusieurs années, il reste prudent de comparer les conditions de sortie, la localisation des données et la portabilité des modèles.

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Pour Alphabet, le défi est clair : prouver que l’IA, devenue son principal moteur de croissance dans le cloud, ne deviendra pas une menace pour le modèle publicitaire qui finance l’ensemble. La prochaine publication trimestrielle dira si les nouveaux formats publicitaires dans l’AI Mode ont commencé à combler l’écart.

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